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Rud'Est Unity

Webzine dédié aux SUBCULTURES de l'Est de la France ... et d'ailleurs!

NO FUCK BÉBÉ

Publié le 27 Décembre 2013 par Rud'Est Unity in Interviews - Biographies

NO FUCK BÉBÉ

La Franche Comté et le rock, c'est une grande histoire d'amour et ça depuis fort longtemps déjà. Au début des années 80, à Montbéliard(25), dans la cité ouvrière se cachait 4 rockeurs qui n'avait rien a envier à La Souris Déglinguée. Ca sonne comme un conte mais ne vous y prenez pas et juger plutôt...

« Pour la plu­part de nos amis, galériens, sup­port­ers et gueules cassées, nous étions imbuvables et non con­signés. Ingou­vern­ables d’où l’impossibilité à un man­ager de dri­ver le «Band». Et pour­tant la magie était là. La matière grise ne demandait qu’à être exploitée, nous avions au sein de groupe une énergie et des pro­jets plein la tête, ils nous man­quaient juste la maille pour pro­duire nos con­cepts. Les rêves les plus fous nous habitaient et surtout tout ce qui pou­vait nous extraire de nos bar­res de bétons que ce soit virtuel ou physique «était tou­jours le bienvenu...»

René Philipps, guitariste de NO FUCK BÉBÉ

(de g. à d.) Jimmy, Quinroux, René et Titus

(de g. à d.) Jimmy, Quinroux, René et Titus

NO FUCK BÉBÉ voit le jour à l'issue du spectacle Pelouses Interdites où il se produise. Un concert suite au décès durant l'hiver 1980 de Serge KOS, jeune chômeur de 25 ans mort de faim et de froid dans un hangar désinfecté de Sochaux. Ça mort fait du bruit, beaucoup de bruit et donnera naissance à "la ballade de Serge K." de CharlElie Couture. Bien sur la presse ne tarda pas à s'en emparer et le magazine Actuel dressa un reportage chaotique de la cité ouvrière. Le pays de Montbéliard est <<empoisonné par la fumée des usines, miséreux...>> où les gens << vivent, travaille et dorment Peugeot>>, où la jeunesse <<s'emmerde à mourir>>, bref... le bordel quoi!

Quelques années plus tard après le spectacle Pelouses Interdites en hommage à Serge KOS, le magazine Actuel est de retour sur Montbéliard pour un nouveau reportage. Et quel reportage.... la cité ouvrière serait une plaque tournante de la droque. René Philipps est interviewé et fait la couverture du magazine flingue en main! Terrible! Mais pas du gout du maire et autres élus qui saisissent la justice et retire le magazine n°52 d'Actuel des ventes. S'ensuit un concert sauvage sur le toit d'une tour des Buis et les NO FUCK BÉBÉ s'attirent les médias dont le réalisateur Michel Vuillermet pour son reportage "les enfants du rock" en 1982. Le béton, la peuj', la musique, les galères...

Visite de Montbéliard

La Genèse du groupe c’est d’abord deux potes «Jim et Ren» habi­tant le même quartier «HLM», la même cité, ayant joué dans le même bac à sable, fréquenté les mêmes écoles puis la même usine, voilà, le décor indus­triel étant planté appa­rais­sent dans toute cette gri­saille GiJi (Pas­cale) et Lo (Laurence). Deux cou­ples se for­ment alors, avec l’arrivé de nos petites chéries qui seront à la base du groupe et ensuite plusieurs musi­ciens qui se join­dront par inter­mit­tence, chanteur d’un soir inter­venant ça et là selon la con­jonc­ture, con­necté au noyau dur des «No Fuck».

René Philipps, guitariste de NFB

NFB! Faut pas les enculer!

Réu­nis autour d’un lieu géo­graphique, «Valentigney», et un bar, le «Milord», et toute une bande de copains ne deman­dant qu’à faire le fête, tout cela mis dans un shaker deve­nait un cock­tail explosif d’individus, de looks, de dons et de sen­si­bil­ités dif­férentes… Que la fête commence.

René Philipps, guitariste de NFB

Pas des punks mais des prolos!

« Comme l’a si bien souligné Jimmy dans le reportage des «Enfants du rock» en 1982 sur le rock à Mont­béliard, il met en avant cette allé­gorie sur la Reine d’Angleterre racon­tant quelque chose avec l’intention de sig­ni­fier tout autre chose. Objec­tant ! «Nous on n’est pas des Punks parce qu’on n’a pas de Reine et qu’on n’est pas assez déca­dent… Blablabla…» Et voilà notre «Jimmy national» qui crève l’écran et toute une jeunesse urbaine issue du milieu ouvrier qui se trouve un porte-parole d’un soir en la per­sonne de Mis­ter «Jim»… Waouh! D’après les per­son­nes con­cernées dans la salle de mon­tage d’Antenne 2 quand ils on visionné les «Rush», ça les a tous lais­sés sur le cul, la gouaille, l’aplomb et la gueule du mec. L’émission à l’époque a fait un car­ton et on s’est même demandé pourquoi «Patri­cia Kaas» a sorti dans la foulé sont tube sur «Jimmy». Puis Sou­chon s’y est mis lui aussi… Décidé­ment. »

René Philipps, guitariste de NFB

Made in La Rue!

« Effec­tive­ment, le per­fecto «Que­bra», la mob, la «Kro», zoner sans but, arpen­tant le bitume à la recherche de tune, cela cor­re­spondait plus à notre image. Dis­ons que notre look était en pleine muta­tion et que nos fringues on les cus­tomi­sait. On n’était pas dans la représen­ta­tion, seuls les «bourges» pou­vaient s’acheter des sapes «Made in Lon­don» estampil­lées mode «punk». Nous on venait de la cité faut pas l’oublier. Pour se payer une paires de «Doc Mar­tin» c’était mis­sion impos­si­ble, on nous a collé l’image «Keupon» parce qu’on était sur la vague mon­tante et qu’on avait 20 ans au début des années 80. Et oui. Je sais, je sais ? Ça en fait chier plus d’un. Tant pis pour vous les gars, ça vous met les boules. Ce fût notre «Wood­stock» à nous, mais au lieu d’avoir les cheveux grais­seux tombant vers le bas, nous ils étaient courts et mon­taient vers le haut. Les années 80 ont sonné le glas des bananes et com­pag­nies que l’on voit resur­gir ici et là.. Finale­ment c’est impor­tant de le souligner, chaque époque a sa coupe de cheveux, même à «Mont­béloubard», aujourd’hui. »

René Philipps, guitariste de NFB

Interview des NFB pour "les enfants du rock"

Interview des NFB pour "les enfants du rock"

En décembre 2009, paru le livre MADE IN LA RUE, autobiographie de René Philipps, guitariste des NO FUCK BÉBÉ. Pour fêter l’événement, un concert eu lieu à l'Atelier Des Moles de Montbéliard. René a repris du service mais, cette fois ci, dans un tout nouveau groupe crée pour l’événement... "René Philipps & les Punkotistes". Composé, entre autres, de Patrick Fontaine, ancien punk de Normandie devenu pasteur, Tom Toxic, batteur des Hellbats, et Axelle, 22 ans, sa fille et ex bassiste du groupe local Sweet Lo Black, les Punkotistes ont joué des reprises d'Exploited, Ramones, Sex Pistols, NFB... Bref, pour passer du bon temps, mais surtout pour René de partager une dernière fois l'affiche avec Taï Luc (LSD), qui s'est déplacé tout particulièrement pour l'occasion...

NFB appartenait à la tendance la plus dure, la plus punk, la plus désespérée de ce rock émergeant des années soixante dix. Nous voulions tout faire sauter. Nous vivions dans nos ghettos HLM, ayant pour la plupart d'entre nous le même avenir que nos parents. Le travail à la chaîne dans l'industrie automobile, moi-même j'y travaillais déjà.
Les différents médias s'emparèrent du phénomène punk rock, le propulsant sous leurs projecteurs. L'onde de choc fracassa tout devant elle. Enfants du rock et des cités ghettos posées ça et là, soumises à l'industrie locale, regroupés dans nos sarcophages de béton, nous sommes entrés en guerre à travers la culture punk. Cette semence ne pouvait que croître dans le terreau industriel montbéliardais. Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'une génération, la mienne, s'engouffre dans la brèche. Nous entrions de plein pied dans l'instant T, marqués à jamais par cette nouvelle culture. Elle restera, par la révolution qu'elle a générée, la vague la plus innovante de ses trente dernières années, influençant toutes les couches de la société et les créateurs du monde entier substitués aujourd'hui par du copyright ou des produits dérivés. Ce fut aussi une explosion créative positive pour tous, à travers ce patchwork de looks personnalisés où chacun pouvait se construire une identité caractérisée.
Nous surfions sur l'actualité, détonateur et source d'inspiration de notre "destroy attitude", favorisant l'éclosion embryonnaire de la guérilla urbaine qui secoue aujourd'hui les banlieues contre les spéculations foireuses du "big business" et de son frère "big brother". Vivant au jour le jour notre grisaille et nos amours, devenus malgré nous les messagers du "no future", fustigeant l'establishment, écorchés vifs, piqués au cœur, en chemin vers nos désillusions, nous étions les punks de la première vague, nous vivions tout cela à cent à l'heure. Notre message : "No future for you", héritage de la première vague punk déifiée à travers les Sex Pistols et d'autres "fashion victims" adeptes de la "punkitude". On nous surnommait les Sex Pistols français, on commençait à être interdit de concert : scandales, provoc, bastons… La mayonnaise avait pris. "Mets tes lunettes et écoute comme ça sent bon" : c'était notre slogan, opportuniste non ? Complètement ingérables, oui ! Nous prêchions à qui voulait l'entendre ce que nous vivions par procuration lors de nos concerts. On vociférait sur notre quotidien – c'était comme une messe où les fidèles les plus "destroy" accouraient.
Les NFB incarnaient un état d'esprit. Nous formions un gang, une tribu issue d'un territoire géographique qui était un "no man's land" dangereux pour ceux qui ne nous ressemblaient pas. Selon les besoins du moment, c'était tel ou tel bassiste qui jouait, tel ou tel chanteur qui intervenait. On a bien eu jusqu'à trois bassistes, deux guitaristes, trois chanteurs, des acteurs, intervenants du spectacle, coachs musicaux, metteurs en scène, plasticiens, etc., mais au départ comme à l'arrivée, les NFB sont deux couples : Gigi et Jimmy, Laurence et René, un bricolage impossible. Nous faisions de la résistance, bien plus encore c'était de la survie, notre combat rock. Phrasant sur notre quotidien "sexe, drogue et rock'n'roll", les gangs des diverses cités montbéliardaises descendaient dans l'arène qu'on leur offrait. On savait d'avance que ça allait péter.
La culture "Kpon" n'a fait que passer, mais tout a explosé devant elle. J'ai mis des années à m'en remettre, mais je ne regrette rien. Je me rappellerai toujours de cet enterrement d'un ami "Kpon". A la fin de l'homélie funèbre, dans les allées de l'église, les dealers proposaient leurs marchandises. Nous étions bien conscients que chaque fois qu'une seringue perçait nos veines, nous jouions à la roulette russe. Tous ceux qui faisaient partie de cette cour des miracles étaient des punks et des junkies, des Dr Jekyll et Mr Hyde. Disciples de ce sulfureux mouvement, cassés par tous nos crève-cœurs, remplis d'un profond dégout pour toutes institutions, c'était le début des années quatre vingt. Nous vivions dans cette ambiance apocalyptique, noyés dans l'alcool, la drogue, la violence, nos délires, nos insuffisances, le chômage et la mort. C'était notre choix.
Extraits de Made in la Rue - Dégénération Punk !, René Phillips, 2009

Extraits de Made in la Rue - Dégénération Punk !, René Phillips, 2009

Photo qui a servi de couverture pour "Made in La Rue" (avec René Philipps)

Photo qui a servi de couverture pour "Made in La Rue" (avec René Philipps)

NO FUCK BÉBÉ ont accouché de rien durant leurs existence si ce n'est d'un clip intitulé "Bébé Éprouvette". Un album enregistré en 1984 n'a jamais vu le jour, pire, n'a jamais été gravé sur n'importe quel support que ce soit. Mais c'est sans compter sur le label Mémoire Neuve qui ont récupéré l'enregistrement, je ne sais par quel miracle d'ailleurs, et ont sortit en 2012, le premier album des NO FUCK sur un 33t avec 11 titres dont 4 instrumentaux d'une qualité irréprochable! Ça rentre direct dans le vif avec "Baston City" qui vous mets en jambe tout de suite."La Jungle", "Amour Difficile" et "Lili" sortent du lot... Bref, ça rappel La Souris Déglinguée mais en version Doubs, en version "Made in La Rue".

NO FUCK BÉBÉ  NO FUCK BÉBÉ

Par ailleurs, certains des membres de NO FUCK BÉBÉ ont connus des destins tragiques. Le live de "René Philipps et les Punkotistes" à l'Atelier Des Moles est à télécharger plus bas et le compte rendu de cette soirée, par Taï Luc en personne, c'est ici. (bulletin Lima Sierra Delta #59)

No Fuck c'était.. "METS TES LUNETTES ET ECOUTE COMME CA SENT BON!"

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